La « noblesse » du Premier Empire dans le département de la Côte-d’Or. Essai sociologique

Née dans le cours de l’année 1805, l’idée de créer des duchés-fiefs en Italie notamment, réservés à aux plus hauts dignitaires de l’Empire, notamment militaires, ne survécut pas à la disgrâce de Talleyrand. Il fallut attendre l’été 1807 pour que l’institution de « titres héréditaires », plus largement distribués, s’invita comme sujet des discussions que Napoléon initia avec Cambacérès, l’archichancelier de l’Empire. Les intentions initiales de l’Empereur étaient de réserver cette nouvelle institution aux propriétaires et aux membres des Collèges électoraux. Il s’agissait d’instaurer des titres personnels, viagers, dont la transmission héréditaire était conditionnelle. Il revint donc à l’archichancelier d’écrire la « partition juridique » du nouveau système nobiliaire voulut par l’Empereur. C’est ainsi que le 1er mars 1808 furent signés deux décrets : l’un, dit « premier statut » créait de nouveaux titres, divisés en deux types : les titres « de droit » et les titres « du propre mouvement » de Napoléon. Le second instaurait une administration dédiée et organisait la transmission conditionnelle de ces titres. En outre, l’Empereur, par ce « premier statut », a voulu englober dans cette nouvelle « noblesse » sa précédente institution de la Légion d’honneur : tous les membres de cet Ordre, présents et à venir, seraient de droit « chevaliers ». C’est ainsi, qu’à côté des ducs (les grands dignitaires de l’Empire), des comtes (les ministres, les sénateurs, les conseillers d’Etat à vie, les archevêques), et des barons (les préfets, les évêques, les principaux magistrats…), s’éleva une cohorte de chevaliers de l’Empire qui allait du simple grenadier, illettré et infortuné, aux colonels et généraux de brigades, parfois installés dans leurs châteaux. En exploitant, dans un échantillon d’environ 800 personnages nés dans le département de la Côte-d’Or, un panel représentatif de 60 titrés, j’essaierais de tirer les enseignements d’une institution fortement disparate, qui a survécu, tant sur le plan juridique que sociologique, à la double chute du Premier Empire en 1814 et 1815.

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