LES CÉLÉBRATIONS DE BOURGOGNE

-1468 ● Traité de Péronne

Le 3 juillet 1468 est célébré le mariage de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, avec Marguerite d’York, sœur du roi d’Angleterre Édouard IV. Âgée de 22 ans, elle est sa troisième épouse. Son entrée à Bruges, le lendemain, donne lieu à une fête somptueuse, dans des décors blancs et or créés par le peintre Hugo van der Goes, suivie d’une semaine de joutes, organisées par le Grand Bâtard, Antoine, demi-frère du duc, dans lesquelles s’affrontent les principaux membres de la noblesse de Bourgogne, le tout longuement décrit par Olivier de La Marche dans ses Mémoires. Dans ces fêtes, longuement préparées, tout est symbole : le duc de Bourgogne entend ainsi affirmer son intention de faire du duché un véritable état souverain.

Intervenu à peine plus d’un an après le décès de Philippe le Bon, ce mariage, qui marque l’apogée du règne du Téméraire, est l’aboutissement de pourparlers menés simultanément et indépendamment les uns des autres : tandis que le roi Louis XI et Warwick, auquel le roi d’Angleterre devait son accession au trône, préparent une union entre France et Angleterre dans le but de contrer les ambitions du duc de Bourgogne, ce dernier et le roi Édouard IV lui-même, cherchent, par la leur, à faire obstacle à celles du roi de France et ainsi à ouvrir plus largement aux marchands anglais les ports de Flandre. Un véritable marché de dupes dont Charles le Téméraire sort vainqueur, ayant bouclé le premier ses négociations : le traité de mariage a été conclu dès le 14 mars tandis qu’était préparé un traité de commerce signé le jour même du mariage.

Ainsi trompé Louis XI, sur les conseils de son entourage et animé de l’espoir de rétablir de meilleures relations avec ce vassal récalcitrant et d’écarter le péril d’une fâcheuse union militaire entre Bourgogne et Angleterre, accepte de se rendre à Péronne, pour y rencontrer le duc. Muni d’un sauf-conduit (dûment signé le 8 octobre par Charles, qui s’y déclare vassal soumis…), accompagné d’une escorte d’une centaine d’hommes, le roi y est accueilli le 9 octobre 1468 par le duc lui-même, qui le loge d’abord dans la belle maison du receveur, puis, à sa demande (car il se sent en insécurité), lui accorde l’hospitalité dans le château même, tandis qu’une armée bourguignonne se rassemble à proximité, qui semble là pour l’honorer. C’est alors que survient la nouvelle d’un nouveau soulèvement de la ville de Liège, pourtant sévèrement soumise par les Bourguignons un an plus tôt. Les émeutiers auraient crié « Vive le roi ! », confirmant les bruits faisant état d’une action souterraine d’ambassadeurs royaux menée dès septembre pour reconquérir la ville.

Colère violente de Charles, qui fait fermer les portes du château et de la ville le 13 octobre, tenant le roi à sa merci, puis, s’étant calmé, accepte de reprendre contact avec lui et de lui proposer un accord qui sera signé le 14 octobre 1468. 42 lettres patentes du roi en précisent les clauses ; elles seront supervisées par Charles.

Le traité de Péronne et les actes annexes confirment à la Bourgogne tous les avantages obtenus en 1435 par le traité d’Arras et en 1465 par les traités de Conflans et de Saint-Maur, ces derniers au terme d’un premier conflit, la Guerre du Bien Public. À la confirmation de la restitution des villes de la Somme, s’ajoutent la suppression de l’appel au Parlement de Paris des villes de Flandre où est parlé le flamand, l’exemption pour tous les serviteurs ducaux de tout service personnel pour la défense du royaume, la concession en apanage de la Normandie à Charles de France, frère du roi, allié de Charles, enfin une clause spéciale en cas de non respect des traités à laquelle le duc tient beaucoup : « Si le roi à l’avenir viole les traités d’Arras, de Conflans ou Péronne, empêche leur application ou renie ses promesses, alors il reconnait le duc de Bourgogne, ses successeurs et tous ses sujets dans tous ses territoires ou royaume, affranchis et indépendant de la couronne. » Enfin, ultime humiliation, le roi est contraint d’accompagner le duc dans une expédition répressive contre la ville de Liège, mise à sac.

Ce traité ne réglait rien : les conflits larvés devaient perdurer jusqu’à la mort du Téméraire qui ne rendit jamais au roi l’hommage prévu, tandis que ledit roi ne versait que la moitié des 100 000 livres accordée au duc. Marguerite d’York vivra peu auprès de son époux sans cesse en déplacement. Elle n’aura pas d’enfant mais assurera avec attention l’éducation de Marie de Bourgogne, fille de Charles et d’Isabelle de Bourbon. Elle sera aux côtés de Marie lors de son mariage avec Maximilien d’Autriche en 1477 et s’occupera, après sa mort, de ses deux enfants. Femme pieuse et cultivée, elle fera réaliser par les meilleurs artistes de son temps de beaux manuscrits d’ouvrages de dévotion et de traités de morale. Elle mourra en 1503 en son hôtel de Malines.

Joseph Calmette, « Le mariage de Charles le Téméraire et Marguerite d’York », Annales de Bourgogne, t. 1, 1929, p. 193-214 ; - Bertrand Schnerb, L’État bourguignon, Perrin, 2005, p. 334-336 ; - Henri Dubois, Charles le Téméraire, Fayard, 2004, p. 181-209.