LES CÉLÉBRATIONS DE BOURGOGNE

-1719 ● Naissance de Charles de Vergennes, ministre de Louis XVI

Né à Dijon le 29 décembre 1719, Charles Gravier de Vergennes, dont le grand-père avait abjuré le protestantisme pour briguer une charge anoblissante, était destiné à devenir un robin de plus dans l’arbre familial, mais en 1739 son aïeul maternel, Jean Chevignard, obtint de son cousin Théodore Chevignard de Chavigny qu’il le prît comme gentilhomme d’ambassade à Lisbonne. Dix ans durant, l’oncle initia le neveu aux subtilités de la diplomatie du sud (Portugal) comme du nord (Allemagne) de l’Europe. En 1750, le disciple prit son envol : d’abord envoyé à Coblence, Hanovre et Mannheim, il sut avec habileté contrer les intérêts anglo-autrichiens sur l’échiquier germanique, puis, ambassadeur à Constantinople (1755-1768), contribua à contenir l’Autriche et la Russie grâce aux Turcs. Toutefois, sa vie privée causa son rappel. Très épris de la veuve d’un négociant local qui lui donna deux fils, il finit par l’épouser en 1767 sans solliciter du roi un agrément dont il savait qu’il ne l’obtiendrait pas : maîtresses et bâtards importaient peu, alors que l’origine sociale d’une épouse pouvait ternir le prestige d’une ambassade. Disgracié, Vergennes se retira à Toulongeon, près d’Autun, comté qu’il tenait de son oncle Chavigny. En 1771 enfin, un remaniement ministériel lui valut un poste, mais Louis XV s’opposa à ce que « sa vilaine femme » le suivît : il se résigna donc à partir seul pour Stockholm, où il aida Gustave III à mener à bien son coup d’État aristocratique.

En juin 1774, coup de théâtre, le vertueux Louis XVI confia le ministère des Affaires étrangères à Vergennes, négociateur laborieux et avisé, mais qu’on ne connaissait guère à Versailles, ce qui suscita bien des inimitiés. Pourtant, dès novembre, espérant incliner le nouveau ministre en faveur de l’Autriche, Marie-Antoinette fit recevoir la comtesse de Vergennes à la Cour. Vergennes, quant à lui, eut d’emblée la confiance du roi et la garda jusqu’au bout, devenant Ministre principal à la mort de Maurepas (1781) et chef du Conseil des finances (1783). Le grand œuvre de cet homme de paix fut paradoxalement son engagement progressif aux côtés des Insurgés américains dans leur lutte pour l’Indépendance – éclatante revanche sur l’humiliation qu’avait infligée l’Angleterre à la France au terme de la guerre de Sept Ans (1763).

Quand Vergennes s’éteignit à Versailles le 13 février 1787, Louis XVI eut ces mots : « Je perds le seul ami sur lequel je pouvais compter, le seul ministre qui ne me trompa jamais. »

Jean-François Labourdette, Vergennes, Ministre principal de Louis XVI, Desjonquères, 1990, 332 p.