LES CÉLÉBRATIONS DE BOURGOGNE

-1870 ● Le peintre Édouard Paupion et la guerre

Ėdouard Paupion (1854-1912), élève de l’École des Beaux-Arts de Dijon puis de Gérôme à Paris, est l’auteur de deux tableaux illustrant deux faits notoires de la guerre de 1870 : La Barricade de la rue Jeannin et La Prise du drapeau au 61e Poméranien. Si ce dernier a été exposé en 1912 à la suite du décès de l’artiste, il entre dans les collections du musée des Beaux-Arts en 1914 et est déposé en 1988 au musée de la Vie bourguignonne-Perrin-de-Puycousin.

Par contre le tableau La barricade de la rue Jeannin n’était connu que par des cartes postales et une lithographie. Sa légende, La défense de Dijon (1870-1871) / Une barricade rue Jeannin, se complète d’extraits du Journal de guerre de Clément-Janin (1873) qui donne un récit vivant de cette journée du 30 octobre, identifiant les deux femmes au combat : Marie Berthaux distribuant des fusils et une sœur Saint-Vincent soignant un blessé. Le musée de la Vie bourguignonne acquiert, en 1998, ce tableau qui est accompagné de la lithographie pliée, glissée entre le châssis et la toile ; elle comporte de précieuses notes manuscrites identifiant les acteurs : Jean-Jean Cornu [le peintre], Blondeau, notaire, lieutenant Calamy, Messener, brasseur, Faucher, entrepreneur, lieutenant Aubine, Melle Marie Bertheaux, Fiet, serrurier, Lory, avoué, Sœur Saint-Vincent, personnages que nous retrouvons dans le récit de Clément-Janin.

On est tenté de lire ces tableaux comme un dyptique à la gloire de la résistance civile et militaire qui n’a certes pas évité l’occupation de la ville mais dont le récit circulait dans la mémoire des Dijonnais ; le jeune Paupion, alors âgé de 16 ans et habitant à côté de la rue Jeannin, ne serait-il pas représenté avec son foulard rouge, participant à la barricade de la rue Jeannin ?

Quoiqu’il en soit, ces deux tableaux tranchent dans la production du peintre qui nous a habitué aux paysages, scènes de genre, sujets religieux, portraits, natures mortes et non à la peinture d’histoire. Sans doute le récit de Clément-Janin, paru en 1873, l’a sûrement inspiré tant la connivence entre les mots et les images est frappante.

Madeleine Blondel, « La Barricade de la rue Jeannin d’Ėdouard Paupion : une acquisition du musée de la Vie bourguignonne », Bulletin des musées de Dijon, n° 5, 1999, p. 37-42.